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Interview
Epica, le 15/09/2009
Par : Powersylv




EPICA aime la France et en 2009, on peut dire que le combo hollandais l’aura prouvé : Hellfest en juin, Raismes Fest en septembre, dates prévues en novembre … et nous, on peut dire qu’on aime EPICA. Aussi, lorsque nous apprenons que sa ravissante frontwoman vient sur Paris pour donner quelques interviews, difficile de refuser. La jolie rousse au regard aussi cristallin que sa voix nous a donc reçus dans un hôtel pas très loin de la place Blanche pour répondre à nos question lors d’un entretien d’une vingtaine de minutes que nous avons retranscrit le plus fidèlement possible.


Powersylv (P) : Bonjour Simone, je suis ravi de te rencontrer.

Simone Simons (S) : Enchantée également.

(P) : Ce n’est pas ma première interview avec un membre d’EPICA car la dernière fois, il y a deux ans, j’avais eu affaire à Mark (Jansen - guitare, growls, ex-AFTER FOREVER et fondateur du groupe). Je connaissais son travail chez AFTER FOREVER à l’époque, avant qu’il ne fonde EPICA. Là, j’ai la chance d’avoir avec moi la « frontwoman » du groupe et ma première question est plus générale et te concerne. J’aimerai simplement savoir quel était ton parcours, comment s’était passé à l’époque ton arrivée au sein d’EPICA, ton sentiment par rapport à l’histoire du groupe …

(S) : On m’avait propose en octobre 2002 d’être la chanteuse d’EPICA. J’avais 17 ans à l’époque. Au début, je n’étais pas vraiment sûre de faire ce métier car j’étais encore au lycée. Et puis je me suis enfin décidée à me consacrer à EPICA. J’ai donc quitté le lycée. Auparavant, j’écoutais la musique qui passait chez mes parents, des trucs du genre ABBA tu vois. Mon intérêt pour la musique metal a pris son envol lorsque j’ai découvert des groupes comme AFTER FOREVER et NIGHTWISH. J’étais accro à l’album Prison Of Desire (ndlr : le premier album d’AFTER FOREVER sorti en 2000). J’ai réussi à contracter Mark avec qui j’ai chatté un moment, puis nous nous sommes rencontrés et ensuite, nous avons eu une histoire ensemble. Une histoire qui a duré 4 ans. Quand Mark a fondé EPICA en 2002, j’ai donc pris le poste de chanteuse. Depuis, EPICA, c’est 4 albums studio, pas mal de concerts en 7 ans, une chanteuse qui évolue au milieu de 4 brutes (rire) … ce qui a quand même pas mal d’avantages mais quelquefois aussi des inconvénients car un mec ne comprend pas toujours forcément un fille … et inversement (rire). Mais dans l’ensemble, ça se passe bien et les mecs du groupe sont comme des frères pour moi. Il y a bien sûr souvent quelques désaccords mais on se retrouve toujours, c’est normal. Nous sommes un peu comme une famille. Etre une frontwoman, c’est super mais même si je suis sur le devant de la scène, je fais partie d’un tout qui s’appelle EPICA et dans ce cadre, le plus important, c’est le collectif, la musique et nos textes depuis le début de l’aventure. Bien sûr, c’est toujours moi que l’on veut interviewer, approcher, rencontrer … après toutes ces années et même en étant devenu professionnelle, je suis toujours un peu timide et j’ai encore du mal à réaliser que tout le monde me connaît, que tout le monde veut me voir. Aussi je voulais en profiter pour remercier tous ceux qui nous supportent en espérant que ce nouvel album Design Your Universe les comblera. Mais je pense qu’ils l’adopteront sans problème, car nous avons un bon felling à propos de ce disque qui nous a permis d’atteindre un nouveau pallier. Nous sommes confiants.

(P) : En Décembre 2008, votre guitariste Ad Sluijter (ndlr : Simone s’amuse de voir le mal que j’ai à prononcer ce nom) vous a quitté. Quelles sont les raisons de ce départ ?

(S) : Ad avait aussi un boulot à côté de son rôle dans EPICA. Ca lui était nécessaire afin de pouvoir subvenir à ses besoins, payer ses factures etc. Or, Ad se donnait beaucoup pour le groupe depuis longtemps : il adorait surtout écrire de la musique au sein du groupe et un beau jour, il nous a signalé qu’il n’arrivait plus à suivre, que l’inspiration n’y était plus. Il n’avait plus assez de temps et d’énergie pour ça malheureusement. Il a donc décidé de nous quitter. Il nous a dit qu’il avait été fier d’avoir participé à un disque comme The Divine Conspiracy. Les tournées lui pesaient aussi : il faut dire qu’il était plus une personne de studio qu’un musicien live. Il a donc fallu nous mettre en quête d’un remplaçant …

(P) : ... qui n’est autre qu’Isaac Delahaye, guitariste du groupe de metal extrême GOD DETHRONED. Un choix bien étrange ma foi. Je veux dire par là que c’est surprenant vu la différence de style entre les 2 groupes …

(S) : Isaac avait déjà quitté GOF DETHRONED avant que nous lui proposions de nous rejoindre. Nous le connaissions depuis un moment déjà. Il nous avait déjà dépanné en 2003 quand Ad avait eu un empêchement pour un concert (il devait se rendre à un mariage si je me souviens bien). Il avait déjà travaillé avec Coen (Janssen, le bassiste) sur un projet il y a quelques années et donc il nous connaît bien par son intermédiaire. C’est un musicien très talentueux, un bon performer en plus d’être un gars très sympa. De plus, il a participé à la composition du nouvel album en écrivant pas mal de partie de guitare. Certaines chansons étaient presque finies mais il a peaufiné les choses en ajoutant quelques soli de-ci de-là ainsi que sa façon de jouer.

(P) : Avant d’en venir à ce nouveau disque, j’aimerai savoir quelles ont été les diverses réactions au sujet de l’album précédent, The Divine Conspiracy qui est sorti 2 ans après. Les fans, les médias … et de votre côté, êtes-vous toujours fiers de ce disque ?

(S) : Oui, car c’est un album où nous avons fait évoluer notre style. Après Consign To Oblivion, beaucoup pensaient que nous allions suivre une voie plus commerciale. Pas mal de fans ont fait part de leur nostalgie de notre premier album … et il est vrai que ce premier disque avait quelquechose de magique, un feeling spécial que certains voulaient retrouver. Avec The Divine Conspiracy, nous avons opté pour renforcer le côté métallique de notre musique ; je crois que ça s’est entendu et que c’était la bonne direction. L’objectif de Design Your Universe était d’ailleurs de poursuivre dans cette voie et de renforcer pas mal d’aspects.

(P) : The Divine Conspiracy est mon album favori d’EPICA. Je l’ai trouvé effectivement plus puissant et plus accrocheur que ces prédécesseurs et j’ai trouvé le concept intéressant, tu sais, cette histoire de Dieu qui a créé toutes les religions si différentes soient-elles … alors que finalement on se rend compte qu’il n’y en a qu’une. Le titre de ce nouvel opus, Design Your Universe est encore une fois très imagé et semble être une invitation pour l’auditeur. Peux-tu nous en dire plus sur le concept ?

(S) : Ce n’est pas un concept album, même si on retrouve la suite – parties 4, 5 et 6 – de « A New Age Dawns » (les épisodes précédents se trouvent sur l’album Consign To Oblivion). Le titre sous-tend que sur terre, chacun a les moyens de créer son propre univers en explorant ses talents, en essayant de vivre ses rêves, tout cela par la pensée. Il replace chacun de nous comme une partie de l’univers, une entité connectée aux autres entités même si elles ne sont pas forcément au même niveau. Cela fait allusion à l’atomistique, la physique quantique mais également avec des thèmes comme la liberté de parole, l’avidité, les comportements … enfin plein de choses et de notions. Mark pourrait en parler mieux que moi car ce sont des idées auxquelles il s’intéresse. Je participe également à mon niveau aux textes des chansons mais je suis portée sur des sujets plus personnels, qui ont trait à la vie de tous les jours voire à mes propres expériences en tant que femme, qu’être humain. Je suis pas exemple une grande fan de cinéma et une des chansons, « Burn To A Cinder » fait référence à mon film préféré, Entretien avec un vampire. Il y a aussi une chanson d’amour, « White Waters » où Tony Kakko de SONATA ARCTICA est venu faire un duo avec moi. « Tides Of Time » évoque le cycle de la vie (la naissance, la mort …) et les paroles m’ont été inspirées par un décès dans ma famille : la musique était déjà écrite quand j’ai proposé mon texte aux autres.

(P) : Quoiqu’il en soit, votre musique est très spirituelle …

(S) : Oui. Mark s’est toujours intéressé aux sciences, à la politique, à la religion … il dévore les livres et réfléchit sur pas mal de choses. De mon côté, comme je t’ai dit, je tire plutôt mes expériences de la vie … et la vie de musicienne, bien qu’exaltante sur pas mal de points n’est pas une vie évidente par certains aspects. C’est une vie où les choses vont très vite, et où il faut aller parfois vite, très vite …

(P) : Musicalement, Design Your Universe prolonge le style que vous aviez défini : du metal symphonique, puissant, épique avec des moments plus mélodiques et d’autres plus extrêmes, le chant mélangé entre growls et chant féminin clair. La dimension symphonique est particulièrement mise en avant. Est-ce que l’expérience que vous avez connu avec l’orchestre et qui a donné lieu au live The Classical Conspiracy vous a influencé ?

(S) : Pas vraiment. D’autant que lorsque nous avons donné ce concert le travail sur Design était déjà entamé. Quoiqu’il en soit, la dimension symphonique est une constante importante de la musique d’EPICA, tu t’en doutes. Même si, tu as raison, cet aspect devient lui aussi de plus en plus maîtrisé album après album. C’est une évolution naturelle. Nous avons tendance avec le temps à tout amplifier : le côté symphonique mais aussi les riffs, le chant de Mark, la structure des chansons … nous aimons vraiment tous ce côté orchestral développé par le groupe.

(P) : Quel souvenir gardes-tu de ce concert ?

(S) : C’est un événement qui a mis du temps à se mettre en place et un travail de longue haleine pour le préparer. L’orchestre a du répéter assidument car il devait être en accord avec nos parties sur nos chansons, notamment les parties de guitare. Chaque chanson avait été quelque peu réarrangée pour l’occasion. L’orchestre et les chœurs ont du répéter en Hongrie et nous avons du aller les rejoindre une semaine avant pour répéter avec eux et faire les mises au point. Ce concert a eu lieu lors d’un festival qui durait 1 ou 2 jours, le Miskolc Opera Festival : nous n’étions donc pas les seuls lors de l’événement. Le show en lui-même était étonnant et pour ma part, j’étais assez stressée les jours qui ont précédé le concert. Je me souviens avoir eu du mal à dormir, tout ça. Mais le jour J, j’ai réussi à surmonter ça pour les fans présents et pour l’enregistrement. Lorsque j’ai écouté le rendu sur les bandes quelques jours après, je me suis dit : « Ouf, tout cela est derrière nous ».

(P) : Belle performance en tout cas …

(S) : Merci (sourire).

(P) : Revenons-en à Design Your Universe. J’ai cru comprendre qu’une vidéo avait été tournée pour le titre « Unleashed ». J’en déduis que ce titre est le premier single ? Peux-tu nous en dire plus sur ce clip ?

(S) : Oui, « Unleashed » est le premier single. Nous sommes allés à Berlin au début du mois pour tourner ce video clip. Il a été enregistré en une journée. On a été dans ce vieil hôpital sinistre où j’ai crû comprendre qu’une scène d’un film avec Tom Cruise avait été tournée une fois. C’était donc assez sinistre comme coin mais ce fut une expérience intéressante. On avait des acteurs professionnels avec nous. D’ici une semaine ou 10 jours, vous pourrez le voir sur internet.

(P) : Design Your Universe est encore une fois produit par votre complice Sascha Paeth. Tout le monde dans le milieu du metal connaît son expérience et le travail qu’il a effectué auprès de bon nombre de pointures du heavy metal. Cependant, avez-vous déjà pensé à travailler avec quelqu’un d’autre qui aurait une autre approche de la production ?

(S) : Sascha nous connaît très bien maintenant car il est avec nous depuis nos débuts et nous avons grandi avec lui à nos côtés. Nous avons toujours eu un bon feeling avec lui et nous savons que par son travail le résultat sera à la hauteur. Il fait partie de la famille car quand tu enregistres un album, pendant la phase de pré-production notamment, tu as besoin d’avoir avec toi quelqu’un qui sait où tu veux en venir. Il doit donc y avoir une alchimie entre le groupe et celui qui produit le résultat. Nous avons tout cela avec Sascha et du coup, nous ne voyons pas qui pourrait le remplacer. Mais bon, on ne sait jamais : Sascha est quelqu’un de très occupé et il se peut que, dans le futur, il ne soit pas disponible pour travailler avec nous, qui sait ? Mais bon, actuellement je ne le pense pas …

(P) : D’autant que c’est un producteur qui est assez fidèle aux groupes avec qui il travaille : il suffit de demander à BLIND GUARDIAN, KAMELOT, RHAPSODY OF FIRE …

(S) : Oui, ça prouve que les gens sont contents de lui :)

(P) : Que vous a apporté Isaac votre nouveau guitariste sur ce nouvel album selon toi ?

(S) : Un nouveau regard et un nouveau point de vue sur la façon d’aborder les choses, de composer, de créer et d’insérer des mélodies. Pour Design, comme je t’ai dit plus tôt, il a apporté quelques soli et des peaufinages car pas mal de compos étaient déjà bien avancées. Je pense qu’il sera tout naturellement beaucoup plus impliqué que le prochain disque.

(P) : Tony Kakko, leader et chanteur de SONATA ARCTICA chante avec toi sur le titre « White Waters ». Comment vous est venu l’idée de l’inviter sur ce titre pour ce duo ?

(S) : Nous avions tourné ensemble en Europe avec SONATA. Nous sommes devenus amis en plus d’être collègues de label et on avait déjà évoqué un travail en commun un de ces 4 avec Tony. Donc, quand la tournée s’est terminée, on avait 2 idées de chansons, dont « White Waters ». On lui a envoyé la chanson par internet avec l’histoire et il a été partant. On est donc allé en Finlande pour travailler sur la chanson et à la fin, c’était dans la boîte.

(P) : J’ai eu la chance de rencontrer Tony 2/3 fois et c’est quelqu’un qui a vraiment un très bon sens de la mélodie …

(S) : Oui, clairement. Je n’ai pas encore entendu d’extrait du nouvel album de SONATA ARCTICA mais j’ai hâte de l’écouter. J’ai vu un petit bout de leur dernière vidéo sur leur website, le titre « Flag In The Ground » je crois.

(P) : Il y a 3 mois, vous avez joué au Hellfest à Clisson. Il semble que vous ayez eu quelques problèmes sur scène à un moment. Peux-tu me dire ce qui s’est passé ?

(S) : C’était il y a 2 mois, non ? Ah non, tu as raison, il y a 3 mois, en juin … le temps passe vite. Je vois ce à quoi tu fais allusion. En fait, à un moment, je n’ai pas annoncé la bonne chanson … euh non, j’ai annoncé le bon titre, « Cry For The Moon » mais Mark a commencé à jouer « Chasing The Dragon » ! Je me suis subitement demandé ce qui se passait, pensant m’être trompée lorsque Coen à son tour a commencé à jouer … « Cry For The Moon » ! Imagines mon embarras : je devais chanter quoi finalement ? Dans ces moments-là, tu as l’impression d’être stupide ! Grosse panique donc mais bon, ce sont des choses qui arrivent, le principal c’est qu’on se soit rattrapés. Ca a donné lieu à des débats entre nous : qui donc s’était trompé ? Mark ? Moi ? Mais bon, chacun a son opinion là-dessus. C’était nos minutes “Spinal Tap” (rire).

(P) : Vous avez joué au Raismes Fest également le week-end dernier (ndlr : 2 ou 3 jours avant cette interview) …

(S) : Oui, nous y avons fait un show special et nous étions tête d’affiche. On avait sur quelques titres des « Fire Ladies » qui sont venues faire une chorégraphie, des danseuses avec le bout des doigts enflammés. Il y avait 1500/2000 personnes je crois. C’était magique. Nous connaissons bien Raismes car c’est le deuxième fois que nous venons à ce festival.

(P) : La France est donc décidément une escale de choix pour les tournées d’EPICA …

(S) : Oui, c’est un pays qui nous a donné vraiment notre chance. Nous y avons une bonne fan-base et un bon fan-club très actif, des fanzines auxquels on accorde pas mal d’interviews. La France fait partie des pays importants avec la Hollande (normal car c’est notre pays) ou d’autres comme l’Espagne et la Belgique. Nous serons évidemment là lors de notre prochaine tournée en novembre avec entre autres 2 soirées à Paris, avec 2 set-lists différentes.


Line-up EPICA :
Simone Simons (chant)
Mark Jansen (guitare, chant)
Isaac Delahaye (guitare)
Yves Huts (basse)
Ariën Van Weesenbeek (batterie)
Coen Janssen (claviers)

01. Discographie studio EPICA :
The Phantom Agony, 2003 (LP)
Consign To Oblivion, 2005 (LP)
The Score - An Epic Journey, 2005 (BOF)
The Divine Conspiracy, 2007 (LP)
Design Your Universe, 2009 (LP)

02. Discographie live EPICA :
The Classical Conspiracy, 2009 (LP)


Site Web EPICA :
http://www.epica.nl

MySpace EPICA :
http://www.myspace.com/epica